Signe Banke : « Le plus difficile, ce ne sont pas les règles, mais l'énorme travail de coordination qu'il faut faire pour ne pas avoir de saignements abondants. »
Dans le cadre de notre campagne, Les shorts blancs sont un signal d'alarmeNous avons discuté avec Signe Banke, docteure en anthropologie du marché et chercheuse spécialisée dans l'utilisation des produits menstruels et la relation des femmes menstruées avec leur sang menstruel.
Les recherches de Signe sont basées sur trois années de travail de terrain anthropologique, des entretiens approfondis et 169 photos de sang menstruel.
En tant que chercheuse, elle le sait peut-être mieux que quiconque : Ce que l'on ressent–et tout le travail que cela implique d'essayer pas saigner.
Écrit par Simone Mervig
C'est pourquoi nous lui avons posé la question :
Quelle importance revêt la visibilité dans l'expérience de l'hémorragie ?
« Avoir des règles visibles est plus problématique qu'avoir des règles invisibles. C'est gênant et inconfortable d'avoir des règles visibles, surtout pour les personnes qu'on ne connaît pas bien ou avec lesquelles on n'est pas à l'aise. La couleur des vêtements que l'on porte a aussi son importance. Le contraste important entre le blanc ou les vêtements clairs et le sang menstruel rend ce choix d'autant plus crucial. »
Comment l'expérience des saignements varie-t-elle selon l'endroit où l'on se trouve ?
« Saigner à domicile et saigner en plein match international retransmis en direct à la télévision, ce sont deux situations diamétralement opposées. »
À la maison, c'est gênant et inconfortable, et on peut avoir l'impression de perdre le contrôle, mais on a la possibilité d'agir différemment. Lors d'un match de handball, on est dans une situation tendue où cela peut même être visible par les autres : nos coéquipiers, mais aussi tous les spectateurs présents dans le stade et ceux qui regardent la télévision chez eux.
Quand on parle à des personnes qui ont leurs règles, qu'est-ce qui compte d'autre que la visibilité et le contexte des saignements ?
« Les saignements vaginaux, ce n'est pas seulement une question de regard. Le sang est difficile à enlever des vêtements, des draps et des meubles, et cela peut les abîmer. C'est beaucoup de travail, par exemple, si vous avez vos règles au milieu de la nuit et que vous devez changer les draps et les blanchir. Et c'est aussi désagréable d'être mouillée par le sang. »
Je pense donc qu'il est important de souligner que ce n'est pas seulement une question de contexte social et culturel, ni du caractère désagréable du regard des autres sur les saignements, mais aussi de l'aspect pratique, celui de ne pas vouloir saigner abondamment.
Pourquoi est-il si important pour beaucoup de personnes d'éviter les saignements ?
« Il existe de nombreuses raisons de vouloir éviter les hémorragies importantes. Mais mes recherches m'ont permis de constater qu'il y a quelque chose de fondamentalement anormal à perdre le contrôle de son corps lors d'une hémorragie. C'est pourquoi on fait tant d'efforts pour le garder. Mais c'est un combat qu'on ne peut pas forcément gagner, car on ne peut ni tout prévoir ni tout contrôler. »

Qu'aimeriez-vous que davantage de personnes sachent sur le cycle menstruel ?
« Ce travail constant, il a en fait… » règles–toute cette planification et ces tentatives de prédiction.
Il faut anticiper l'abondance des saignements, la capacité d'absorption du produit utilisé et la façon dont tous ces éléments se déplacent les uns par rapport aux autres. C'est un véritable labyrinthe de mouvements.
Avec les mouvements sur un terrain de handball, il suffit de peu de choses pour que les choses se chevauchent et que vous soyez pris au dépourvu. Ce n'est pas quelque chose qu'on peut simplement éviter.
Vous décrivez l'énorme travail de coordination que doivent accomplir de nombreuses athlètes menstruées. Selon vous, que faut-il faire pour aider ces athlètes, sur le terrain comme en dehors ?
« Une solution rapide pour aider l'équipe nationale serait de porter des shorts noirs. Mais il est important de souligner qu'on peut aussi tacher un short noir. Il faut donc relativiser la zone où l'on observe le sang. Cela peut se produire sur le banc, sur une serviette ou directement sur la peau. »
Je pense que la vraie question est : comment faire en sorte que le monde extérieur perçoive plus favorablement les saignements menstruels en public ? Cela pourrait surtout révéler la nécessité de mettre en lumière tout le travail que les femmes menstruées accomplissent 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, pendant leurs règles. Ainsi, la première réaction ne serait peut-être pas : « Pourquoi n'arrive-t-elle pas à se contrôler ? » mais plutôt : « Mon Dieu, c'est tellement difficile à contrôler. Comment pourrait-elle ? »
Signe nous offre un aperçu passionnant de tout le travail invisible que font les femmes menstruées, même lorsqu'elles se trouvent au milieu du terrain lors d'un match de handball important.
Nous espérons que ses connaissances pourront contribuer à faire évoluer le discours sur la grossesse : de « Vous devriez maîtriser la situation » à « Il est normal que ce soit difficile. »
Parce que les menstruations ne sont jamais le problème.
Voilà le cadre qui l'entoure.
Et nous pouvons les changer. Ensemble.



































